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Charte d’urbanisme (1971) Extraits.

Charte élaborée par une quinzaine d’associations dont Visage de Liège, Aménagement du territoire et Fonction religieuse, Personnel scientifique de l’Université, Riverains de la rue du Parc, Institut Archéologique Liégeois, Ligue d’Esthétique, Société d’Art et d’Histoire, Associations des Géomètres, Le Vieux-Liège, Jeune Chambre Economique, Patrimoine Condruze, etc.

L’urbanisme, action volontaire et organisée en vue d’aménager les villes, a souffert jusqu’à présent d’un ensemble de défauts qui ne sont plus tolérables et qui ne sont plus tolérés par la population. En se fondant sur l’expérience acquise, en vue d’éviter de nouvelles erreurs et de nouveaux tâtonnements dommageables, l’urbanisme d’aujourd’hui doit être :

1) UN URBANISME PLUS DEMOCRATIQUE

La Ville, qui s’étend aujourd’hui à l’ensemble des communes de l’agglomération, forme un tout complexe dont chaque modification retentit sur l’ensemble de ses habitants. La transformation du centre n’intéresse pas les seuls riverains ; le transfert d’une université ne préoccupe pas que ses membres.
C’est pour cette raison que l’aménagement urbain est l’affaire de tous les citoyens. Il est donc essentiel que l’opinion publique soit associée à l’élaboration des plans d’aménagement dans un climat d’authentique démocratie. En effet, les procédures actuellement en vigueur n’assurent qu’une anticipation purement formelle des citoyens. Trop souvent conçus dans le secret, soumis à l’enquête publique lorsqu’il est trop tard pour remettre en cause les options de base, les plans d’aménagement échappent en fait au contrôle des habitants.
Il est donc essentiel que dans l’avenir :
- l’information la plus large possible de tous les citoyens soit assurée par les pouvoirs publics ; à cet égard, un rôle essentiel doit être reconnu aux associations intéressées par l’urbanisme et l’aménagement du territoire ;
- l’opinion doit déjà être consultée au moment où s’opèrent les options fondamentales ;
- soit donnée à la population la possibilité d’un véritable choix entre des solutions diverses dont on pourra apprécier les implications et les conséquences à la suite d’un large débat ;
- les demandes d’autorisation de bâtir relatives aux immeubles importants soient soumises à la consultation du public.

2) UN URBANISME D’AGGLOMERATION

L’aspect global des problèmes urbains, l’interdépendance des diverses parties du territoire urbain exigent que ces problèmes soient traités dans une perspective d’ensemble. Seule cette perspective permettra d’ailleurs aux citoyens d’exercer leur droit légitime de contrôle.
Il est donc essentiel :
- que soit créé dans les plus brefs délais un véritable pouvoir d’agglomération ayant l’urbanisme et l’aménagement du territoire dans ses compétences propres ;
- qu’une priorité soit donnée, à tout le moins en ce qui concerne les options fondamentales, aux plans de secteur sur les plans généraux des communes et à ces derniers sur les plans particuliers.

3) UN URBANISME RESOLUMENT CONTEMPORAIN

L’urbanisme doit se fonder sur les études et les recherches les plus récentes menées dans les diverses disciplines susceptibles d’éclairer les actions d’aménagement. Il faut rompre avec les anciennes conceptions qui ont conduit à une détérioration considérable du tissu urbain par la pratique systématique de zonages qui conduit par exemple à la création de zonings industriels, de lotissements résidentiels ou de campus universitaires strictement cloisonnés.
Au contraire, les plans seront conçus de manière à respecter l’équilibre des diverses fonctions urbaines ; aucun d’eux ne peut être inspiré par le souci de privilégier une seule de ces fonctions au détriment des autres. Ils viseront à sauvegarder le tissu urbain ou à le restaurer, à éviter les vides, les barrières physiques, psychologiques et sociales qui menacent de provoquer une fragmentation irrémédiable du milieu urbain. Il s’agit donc, en définitive, de créer ou de recréer un milieu diversifié, complexe, hétérogène, favorable aux relations humaines, économiques et culturelles. Il faut restaurer la ville dans son rôle de milieu d’échanges, de choix et d’innovation.
Cet urbanisme résolument contemporain, fondé sur la reconnaissance du caractère indispensable de la ville pour le développement individuel et collectif, implique que l’on s’efforce d’atteindre les objectifs suivants :

Sur le plan de la circulation :

L’expérience des vingt dernières années enseigne qu’il est utopique de vouloir créer à travers les villes un système de communication qui autoriserait inconditionnellement la circulation et les parcages des automobiles, à peine de détruire la ville. Le problème ne peut donc être résolu qu’à la seule condition de commencer par dissuader la pénétration au sein de la ville des véhicules dont la présence n’est pas indispensable. La ville ne peut s’identifier à un échangeur autoroutier reliant divers zonings. A cette fin, il faut tendre à :
- créer un système de transports en commun réellement efficace, c’est-à-dire confortable, rapide et bon marché, coulé avec un ensemble de parkings de dissuasion gratuits à la périphérie de la ville ;
- parallèlement, et au fur et à mesure de la réalisation de ce système de transport, limiter fortement dans le temps le parking le long des voies publiques au centre ;
- faciliter la circulation piétonnière en maintenant les trottoirs à une largeur suffisante et en évitant le recours systématique aux passages souterrains pour piétons. A cet égard, rendre à la ville son rôle de lieu de rencontres et d’échanges va bien au-delà d’une politique de rues piétonnières destinées aux seuls achats.
- n’autoriser, dans un premier temps, la construction de parkings au centre que dans la mesure où leur accès est possible sans provoquer l’engorgement de la circulation et, à terme, interdire la construction dans le centre de tout parking destiné au personnel des entreprises et des bureaux.

Sur le plan des équipements collectifs :

La vie en ville suppose la mise à la disposition des citoyens d’un très vaste ensemble d’équipements collectifs. Parmi les éléments d’une pareille politique, il faut souligner l’importance toute particulière :
- des plaines de jeux et de sports judicieusement réparties dans l’ensemble du tissu urbain ;
- des espaces verts. Les espaces verts dans notre ville sont trop peu nombreux pour qu’il soit permis de considérer comme légitime leur réduction. Même si l’on envisage de leur substituer d’autres espaces verts à créer, ces derniers ne peuvent jouer pleinement leur rôle social qu’après un long laps de temps nécessaire à la croissance des plantations. Il faut souligner avec force que de tels espaces verts doivent pouvoir être accessibles et utilisables par tous et ne pas être simplement des lieux de prestige dont la population et surtout les enfants sont soigneusement chassés ;
- des équipements culturels conçus en fonction des aspirations spécifiques des divers groupes sociaux ou nationaux ;
- de la conservation et de la mise en valeur non seulement des principaux monuments pris isolément, mais aussi et surtout d’ensembles architecturaux typiques.

Il s’agit en effet là du maintien des éléments symboliques de l’existence collective d’un groupe social irréductible à tous les autres, du maintien des éléments constituant la spécificité d’une ville en même temps que la promotion d’équipements touristiques importants dans le développement de l’agglomération.

Sur le plan des logements :

Les diverses mesures préconisées plus haut doivent servir à rendre la ville de nouveau habitable. C’est en tenant compte de ces mesures qu’une politique beaucoup plus hardie de logement sera menée.
Une telle politique suppose :
- l’étude de techniques nouvelles qui permettront de construire plus rapidement des logements plus confortables, plus esthétiques et à meilleur compte ;
- la restauration des logements anciens, trop souvent et trop rapidement déclarés irrécupérables en dépit de leur qualité esthétique, de l’excellence de leur situation, de la modicité du coût de leur adaptation à l’habitat contemporain ; - des mesures de relogement dans des conditions économiques et sociales au moins égales à celles qui existaient avant les démolitions pour les personnes frappées par des mesures d’expropriation rendues nécessaires pour des raisons d’intérêt public ;
- la fusion des multiples sociétés de logement peu efficaces par suite de leur faible dimension, et la création d’un organisme à la dimension de l’agglomération et des problèmes qu’elle rencontre en ce domaine ;
- l’édification de logements tenant compte de l’existence de familles nombreuses.

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