Liège Années 60
Conception de l’exposition, entretiens et rédaction des textes : Pierre FRANKIGNOULLE.

Cette exposition en ligne propose un parcours d’architecture et d’urbanisme dans les années 1950-1973 à Liège. Cinquante ans après l’Expo 58, les «Golden Sixties» résonnent toujours comme une période de grand optimisme, où les équations paraissaient simples et s’appuyaient sur la croissance économique, la généralisation  de la consommation, la confiance en l’avenir. De récentes initiatives invitent à jeter un nouveau regard sur la production architecturale de cette période : par exemple le livre «Bruxelles ’50’60» 1 ainsi que les diverses manifestations liées à l’Expo 58.
A Liège pourtant, cette période continue à être regardée par beaucoup comme traumatisante, et sa production architecturale à relever du «refoulé patrimonial», tant cette entreprise forcenée de modernisation est apparue comme déstructurante   et peu soucieuse du genius loci de la ville : pénétrantes autoroutières, cœur de ville en chantier pendant vingt ans (place Saint-Lambert), rives de fleuve colonisées par l’automobile, prolifération sans cohérence d’immeubles en hauteur…
Ceci n’est sans doute pas propre à Liège : «La dégradation de la ville qui caractérise les années 60 - et pas uniquement en Belgique - trouve sa cause première dans l’appauvrissement de la culture urbanistique. Ainsi le sens de la cohérence disparaît à un moment où la spéculation immobilière et l’augmentation du nombre de voitures menacent plus que jamais l’urbanisme» 2.
Mais à Liège, ces interventions ont été d’autant plus radicales que ce projet modernisateur voulait conjurer le risque de relégation économique d’une région qui venait de connaître la prospérité liée aux Révolutions industrielles. Dès 1946, après les nombreuses destructions de la guerre, un diagnostic sévère est établi sur les risques de relégation économique au point de parler de «Liège et son agglomération en péril». 3
Le constat porte essentiellement sur l’état des infrastructures : engorgement du réseau viaire, insuffisance du parcage, particulièrement dans le centre commercial, équipement administratif et commercial anachronique, inadapté à ses fonctions et à l’intérêt commun. On va mettre en oeuvre un «aggiornamento matériel» 4 avec l’objectif de transformer la région en véritable métropole.
Ce combat pour exister dans la nouvelle géographie économique va être largement porté par les forces vives, qui vont trouver dans l’association Le Grand Liège (fondée par G. Truffaut en 1936, organisatrice de l’Exposition de l’Eau de 1939), une tribune et un lieu de réflexion et de maturation des projets.
Deux volets majeurs seront développés : faciliter la circulation automobile et adapter l’habitat. Le réseau autoroutier autour de la ville sera connecté au centre de celle-ci, choix justifié par l’histoire : «De même qu’au XIXème siècle, la "cité ardente" avait été reliée aux chemins de fer, de même la métropole du XXème siècle devait l’être aux autoroutes» 5.
Choix majeur parce que cette politique de mobilité facilitée va produire un effet d’aspiration des véhicules dans la ville, qu’il faudra dès lors, inévitablement, «adapter» : projet de «route de la Corniche», vers la place Saint-Lambert, transformation des boulevards et des quais en voies rapides, projet de couverture de la Dérivation (non réalisé). En sens inverse, le réseau autoroutier va libérer de puissantes forces centrifuges de ménages et d’entreprises qui vont s’établir en dehors de la ville.
Faut-il préciser que cette politique de mobilité facilitée continue encore aujourd’hui à produire des effets que d’aucuns estiment incompatibles avec le développement durable et la qualité de vie ?
Le second volet, l’adaptation de l’habitat n’a pas été moins radical. Les autorités vont permettre la construction en hauteur principalement dans les secteurs urbanisés au XIXème à haute valeur résidentielle. Témoignage d’un véritable âge d’or liégeois, ce patrimoine «fin de siècle» va être touché dans ce qui en constituait l’attrait majeur : son caractère d’ensemble. Une cohérence va disparaître sans faire naître une nouvelle.
A la fin de la décennie 1960, la contestation de ces options modernisatrices gagne du terrain : l’opinion rejoint les associations de défense de patrimoine, et les projets sur la place Saint-Lambert ont joué un grand rôle dans ce retournement. La voie s’ouvre à une conception différente de la rénovation urbaine, plus attentive au patrimoine bâti et au contenu social des quartiers mis à mal par les opérations antérieures : «On va découvrir la rénovation urbaine et le patrimoine après avoir tout saccagé» 6.
Les césures d’une époque coïncident rarement avec les chiffres ronds. En Belgique, les «Golden Sixties» commencent avec l’Expo de 1958 et se terminent avec la crise pétrolière de 1973 et la décision symboliquement forte des «dimanches sans voitures». Ces quinze années sont le cœur des «Trente Glorieuses», mais il vaut la peine de s’intéresser aux années 1950-1958 pendant lesquelles une série d’outils sont mis en place (élaboration du réseau autoroutier, «loi-taudis» de 1953), outils que les autorités communales vont saisir comme leviers de modernisation lors de la phase de concrétisation (1960-1973, mais surtout à partir de 1965).

Sans prétention d’épuiser le sujet, cette exposition a pour ambition de fournir une toile de fond contextuelle de ces années : chronologie de la période 1950-1973, entretien avec Maurizio COHEN, témoignages d’acteurs et témoins : Pierre COLMAN, Jean ENGLEBERT et Pierre PUTTEMANS.
Elle a également pour objectif d’affiner le regard sur la production architecturale de cette époque à Liège, sans objectif d’inventaire. La tâche est délicate car une grande partie de cette production n’a pas ou pas encore reçu de validation patrimoniale. Très peu de bâtiments sont classés : la Tour Cybernétique de N. SCHOFFER, le Palais des Congrès, le Centre Hospitalier Universitaire du Sart Tilman. Nous avons utilisé, entre autres, la carte «Liège. Architectures de la ville», éditée en 2006 par l’association HLM 7. D’autres réalisations montrées ici le sont en fonction de leur caractère représentatif : prégnance dans le paysage, caractère emblématique de l’esprit de l’époque ou d’un mode opératoire.


1 BERCKMANS C. et BERNARD P., 2007.

2 SMETS M., 1991.

3 PUTZEYS M., 1946.

4 LEJEUNE J., 1968

5 LEJEUNE J., 1970.

6 PUTTEMANS entretien, 2007.

7 HEBBELINCK, LANTAIR, MICHEL : HLM et Ville de Liège, 2006

 

 

Site de l’asbl Homme et Ville.
www.homme-et-ville.net
Contact : contact@homme-et-ville.net

 

Exposition en ligne : «Liège Années 60», Octobre 2008.

 

Cette exposition à été réalisée grâce à l’aide du Ministère de la Communauté française, Wallonie-Bruxelles, Direction générale de l'Infrastructure, Cellule architecture.


Conception graphique & codes : Antoine COLLIGNON
www.omegear.be

Le logo du site a été réalisé par Jean-François LEROY de l’agence 
D&L production : www.dlproduction.be



Affiche de l’exposition : «Maison Mozin», rue de Campine, 402, 1960.
Architecte Jules MOZIN, groupe EGAU. Document G.A.R. asbl, Groupe d'Ateliers de Recherche, Institut Supérieur d'Architecture Saint-Luc de Wallonie.   

Voir aussi : «Mentions légales» .

 

Remerciements particuliers  à : Maurizio COHEN, Pierre COLMAN, Emiel DE KOONING, Jean ENGLEBERT, Jacques GILLET, Pierre PUTTEMANS.

Et également à : Jean BARTHELEMY, Jean-Paul BROHEZ, Sébastien CHARLIER, Philippe COLSON, Murielle COSTA, Françoise DENOËL, René C.DEPREZ, Philippe LANGE, Alain MALHERBE, Edith MICHA, Thomas MOOR, Philippe RICHELLE, Andrée ROSSILLION, Basile SIMENON, Myriam SIMENON.

Et aussi :

Au personnel du Centre de documentation de la Commission Royale des Monuments Sites et Fouilles et en particulier, Mme Monique MERLAND.
http://www.crmsf.be/archives.htm

Au personnel du G.A.R. asbl, Groupe d'Ateliers de Recherche, Institut Supérieur d'Architecture Saint-Luc de Wallonie et particulièrement Mmes  Frédérique GOUDER DE BEAUREGARD et Christine MERSH.
http://www.saintluc.org/id111.htm

Au bureau d’architecture Charles VANDENHOVE et Associés et particulièrement à M. Gérald LEDENT.

Au bureau d’architecture MONTOIS PARTNERS ARCHITECTS et particulièrement à M. Jean MATHIEU et à Mme Rosie VANDERCRUYSSE.

A la société Cogéphoto
www.cogephoto.com

A l’agence immobilière Century 21
www.effertz.be

 
Informations sur Liège
http://www.proxiliege.net/

http://urbagora.be/
http://guillemins.be/
http://www.liege.biz/
http://www.todayinliege.be/

Musées et Centres de documentation
http://www.museepla.ulg.ac.be/
http://www.crmsf.be/archives.htm
http://www.saintluc.org/id111.htm

Visites :
http://www.liensutiles.org/walllg.htm
http://www.forbidden-places.net/explo1fr.php?sortby=paysfr

Amis :
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